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La fréquence des allergies croisées ne cesse de croître depuis une vingtaine d’années, parallèlement à l’augmentation des allergies alimentaires. L’utilisation de protéines alimentaires dans les cosmétiques et les topiques médicamenteux peut également être à l’origine de ces allergies croisées.
Paru le 04/02/2008 - Mise à jour le 19/12/2006
Dr Mathilde Ferry, Le Quotidien du Médecin
Les manifestations cliniques de l’allergie, apparaissent lorsqu’une personne est sensibilisée à un allergène, qu’il s’agisse d’un aliment, d’un pollen, etc. Cependant, elles peuvent également apparaître lorsque la personne est en contact avec un allergène qui lui ressemble, et pour lequel elle n’est pas sensibilisée. C’est ce qu’on appelle l’allergie croisée. Par exemple, une personne allergique à une espèce de pollen de graminées, la phléole, peut également présenter des manifestations d’allergie au contact d’une autre espèce de pollens de graminées, le dactyle. Plus les allergènes sont issus d’espèces végétales proches, plus les allergies croisées sont fréquentes.
Cela est vrai également pour les allergies alimentaires. Le lait de vache est responsable d’environ 12% des allergies alimentaires chez le jeune enfant. Or cette allergie est souvent associée à une allergie croisée au lait de chèvre, de brebis, de jument ou d’ânesse. Elle s’expliquerait par une homologie de structure entre l’alpha caséine de ces différents laits, mais ce n’est pas systématique, des allergies isolées au lait de chèvre ayant été décrites.
Les légumes et les fruits peuvent également être responsables d’allergies croisées, du fait d’une homologie antigénique et structurale, partielle ou totale.
Les légumineuses sont classées en trois sous-familles : les mimosoïdés (acacia), les césalpinidés (tamarin, caroube, séné) et les papilionidés (arachide, soja, lupin, pois, pois chiche, haricot, lentille). Des réactions croisées sont possibles au sein de ces sous-familles. Quant aux fruits à coques ou fruits secs oléagineux, ils peuvent entraîner des réactions croisées avec l’arachide (amande, noisette, noix, noix exotique, noix de Cajou, noix de pécan, pignon, pistache).
L‘allergie croisée la plus fréquente associe une allergie aux pollens de graminées et une allergie alimentaire à certains légumes et fruits. Les personnes allergiques aux pollens ont un risque d’allergie alimentaire multiplié par 2. En effet, du fait d’une homologie protéique, des allergies croisées existent entre les pollens de graminées et certains aliments comme l’arachide, la tomate, le melon, la pastèque, le piment, l’aubergine, le poivron.
C’est par le biais d’une allergie alimentaire croisée que l’allergie au pollen de bouleau peut parfois être suspectée. En effet, les pollens d’une même famille pollinique peuvent provoquer des allergies croisées par homologie allergénique. L’allergène majeur du pollen de bouleau est Bet v1. Il a une forte homologie avec l’allergène d’aulne (Alng), de noisetier (Cor a1) et de charme (Carb a1). On retrouve ce même type d’homologie dans la séquence allergénique avec certains aliments. Dans le syndrome pomme-bouleau, ce sont Bet v1 et Mal d1 de la pomme qui sont identifiés. Ce syndrome se traduit par l’apparition d’un œdème des lèvres après l’ingestion d’une pomme crue. En revanche, une pomme cuite peut être consommée sans problèmes.
D’autres allergies alimentaires croisées sont répertoriées avec la noisette, les fruits à noyau (cerise, pêche, abricot), la poire, le céleri ; mais elles ne sont pas systématiques. En ce qui concerne les pollens de l’armoise, des allergies croisées existent avec la carotte et le céleri. Il est donc recommandé, en cas de pollinose aux graminées, de rechercher des allergies alimentaires croisées. Le diagnostic repose sur la réalisation de pricks-tests aux aliments frais et aux pollens suspectés. Enfin, les allergies croisées entre le latex et les fruits exotiques (avocat, banane, kiwi…) sont importantes et peuvent être graves.
Il est courant d’utiliser des protéines alimentaires dans les cosmétiques et les topiques médicamenteux. Or elles peuvent entraîner des manifestations allergiques, voire des allergies alimentaires secondaires. Deux cent quarante protéines ont été répertoriées depuis 2003 par la Communauté européenne. Certaines d’entre elles sont utilisées dans des émollients ou des émulsifiants, pour leurs qualités de protection et d’entretien de la peau. Elles peuvent être d’origine végétale (arachide, lupin, soja, blé, avoine, sésame) ou animale (œuf, lait de vache, caséine, extrait de poisson). D’autres sont utilisées dans les excipients de certains médicaments (amidon de blé, huile d’arachide, soja, sésame, protéines de lait). C’est l’application répétée sur la peau de faibles quantités de protéines alimentaires qui augmente significativement le risque de sensibilisation à ces protéines. D’où la contre-indication de principe, chez les nourrissons atopiques, des crèmes de soins, médicamenteuses ou non, qui contiennent des protéines alimentaires dont l’allergénicité est connue.
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